On connait Pierre Bergounioux écrivain de haut scrupule, et d'éclat. Quiconque l'a une fois entendu connait la ductilité sans égale de sa parole. On sait moins que, depuis dix ans, à son labeur d'écrivain il ajoute, chaque été des travaux de métallurgie. En cela, il ne se détourne pourtant pas de sa tâche. Il la redouble au contraire, l'étaie, la leste d'un corps solide, lourd, résistant, métaphore de fer de la métaphore de signes. Fiévreusement voué à sauver les derniers témoignages de la disparition d'un monde, le monde même qui est son objet d'écrivain, Pierre Bergounioux élève à la relique ses traces les plus communes : tirefonds, riblons, pièces de brabants et de herses, chaînes d'attache, redondes de jougs, fers de boeufs à deux onglons, pentures de granges, coins et merlins.

Jean-Paul Michel
« La deuxième fois », Pierre Bergounioux sculpteur
William Blake & Co.